Superman (2025)
Vous n’en avez pas marre des super-héros au cinéma ? C’est sûrement LA question que se posent les studios Marvel et DC en ce moment tant l'âge d’or de ce genre semble bien loin. Hors crossover et gros films Avengers, le MCU n’arrive plus à attirer les foules. Les films se plantent au box-office et les séries Disney+ déçoivent toutes. Quant à DC, c’est encore pire. Depuis la fin de l’ère Snyder, plus aucun film lié au DC Universe n’a marché. Les seules éclaircies sont venues du Batman de Matt Reeves, du Joker de Todd Phillips (et encore, sa suite a floppé) et d’un Zack Snyder’s Justice League qui n’aura jamais de suite. Et ces rares succès ne suffisent pas à contrebalancer les gigantesques échecs de Shazam, Blue Beetle, Aquaman 2 et surtout l’effroyable The Flash, aka l’un des plus gros accidents industriels de l’histoire d’Hollywood. En pleine « superhero fatigue », Warner Bros a quand même décidé de relancer un univers en repartant de zéro et c’est à James Gunn qu’ont été confiées les clés du camion. James Gunn, à qui l’on doit la trilogie des Gardiens de la Galaxie dans le MCU mais aussi The Suicide Squad et la série Peacemaker chez DC. Et comme il ne pouvait en être autrement, tout recommence avec un nouveau film Superman. James Gunn, avec son style et son humour particuliers, est-il vraiment l’homme de la situation ? Vers quoi va pencher ce nouveau Superman ? Un retour vers le passé au risque de décevoir ? Une modernisation au risque de diviser ? Un peu des deux ?

Le Gardien de Metropolis
Vous n’aimez pas James Gunn ? Mauvaise nouvelle, car ce nouveau Superman porte bien sa patte. Que ce soit dans la réalisation ou l’écriture, le style Gunn est bel et bien là, pour le meilleur et pour le pire. On saluera quand même le fait que, pour Superman, James nous épargne ses habituelles blagues sur les teubs, les chattes, les prouts et le sperme. Mais avant de parler de ce qui fâche, commençons par les points positifs du film.
Oui. Oui, David Corenswet est crédible en Superman. Que ce soit lors des scènes d'action ou pendant les dialogues (pourtant pas incroyables, nous y reviendrons), on y croit. Courageux, empathique, sympathique, il campe une version de Superman assurément plus légère mais tout aussi réussie que celle de Henry Cavill. On aurait aimé que ce degré de réussite soit également appliqué à son costume mais il faudra se contenter d’un résultat assez foireux. Non pas que le retour du fameux slip rouge soit un mal mais quand ce dernier, sur certains plans, semble nous montrer un Superman qui porte une couche confort, il y a de quoi tiquer sévèrement. Et globalement, une grande partie du casting principal du film s’en sort bien. Rachel Brosnahan est une Lois pétillante et bien en verve. Le Justice Gang, qui faisait très peur dans les bandes-annonces (et pas pour de bonnes raisons), est au final utilisé avec parcimonie. Dans le ton, ce Superman se veut résolument tourné vers le passé en louchant beaucoup sur le travail de Donner et sur le Silver Age des comics. Oui, c’est infiniment plus léger et moins grave que Man of Steel. Un parti pris qui n’est pas un défaut… à condition d’être bien exécuté. Voir tout ce petit monde agir à l’écran dans un style très gunnesque ferait presque plus penser, dans le ton, à un dessin animé Le Gardien de Metropolis qu’à un film Superman. Et si le métrage de Gunn a du cœur, c’est indéniable, il n’a malheureusement quasi aucun fond.

Pose ton Gunn
Les défauts du film sont nombreux, mais le plus gros et gênant est sans aucun doute son écriture médiocre. James Gunn a clairement fait un film dans l’ère du temps et je ne dis pas ça comme un compliment. Superman est un film fait pour la génération TikTok. C’est un film parfait pour ceux qui ont la capacité de concentration d’un poisson rouge et qui adorent scroller toute la journée entre des vidéos de chats, des fesses qui twerkent et autres chorégraphies des enfers avec le dernier hit musical en fond sonore. Ce Superman 2025 enchaîne les séquences, on passe d’une scène à une autre sans transition, sans réflexion, sans prendre le temps de digérer quoi que ce soit. Superman se bat, Superman discute, Lois et Clark discutent, on repasse à Superman en action. Tout cela ressemble à une succession de clips qui semblent là pour cocher les cases d’un cahier des charges un peu trop caricatural. Superman qui sauve un animal ? Check. Superman qui fait un speech (un peu trop gnan-gnan) sur l’empathie et ce que c’est qu’être humain ? Check. Etc. Comme si le film avait comme but premier d’être un anti-Man of Steel. Dans l’idée, certains apprécieront, mais le souci, c’est que tout ça est passablement médiocre en termes d’exécution et de maîtrise.
Le scénario est tout simplement inexistant tant tout semble cousu de fil blanc. Zéro tension, des McGuffin et autres deus ex machina en pagaille qui résolvent comme par magie tous les problèmes, c’est à peine croyable d’assister à un tel spectacle. Au moment où Superman se retrouve emprisonné quelque part, on passe directement à une nouvelle scène où Lois et Jimmy Olsen vont trouver l’endroit où il est enfermé en littéralement 5 secondes. Un dialogue, un twist d’une facilité d’écriture aussi aberrante que honteuse, c’est tout ce qu’il faudra à nos deux compères pour retrouver le héros à la cape via une révélation vraiment fumeuse et peu crédible. Encore une fois, il faut le redire, nous sommes vraiment face à un film fait pour TikTok, un enchaînement de scènes où tout est surexpliqué, où le moindre problème est résolu en quelques secondes, où il n’y a aucune réflexion, aucun temps mort pour apprécier une situation ou réfléchir sur un événement. Et que dire des bad guys… Même dans un dessin animé pour enfants, ils sont moins caricaturaux. Le Lex Luthor de Gunn est une caricature de méchant unidimensionnel alors qu’il est censé être un génie du crime. Nicholas Hoult, qui campe la némésis ultime de Superman, est en surjeu quasi constant, bien plus proche d’un ado colérique imitant les mimiques de Jim Carrey dans The Mask que du Luthor que l’on connaît. Quant aux motivations du personnage, là aussi, c’est à peine digne d’un dessin animé et d’un mauvais en plus. Je ne parlerai même pas du méchant dictateur d’un pays imaginaire tellement la prestation de l’acteur qui le campe est gênante par moments.
D’ailleurs, tous les personnages ont ce problème de manque de nuance, d’épaisseur. Ils sont simplistes, ils ne sont que des archétypes et ils n’ont aucun développement pendant le film, aucune épaisseur. Superman est le boy-scout caricatural des anciens comics, Lois est une reporter intrépide, Jimmy un homme à femmes (oui…) et ils ne seront jamais rien d’autre. C’est encore pire pour les personnages secondaires. Perry White ne sert strictement à rien et ne fait que mâchouiller son cigare dans les trois scènes du film où il apparaît. Cat Grant ? Pareil. Quant à Eve Teschmacher, elle ne sert que de deus ex machina bidon pour l’intrigue et elle est représentée comme une blonde à gros seins écervelée comme on n’en a pas vu depuis 10 ans dans un film tellement c’est devenu ringard et sexiste. Quand on voit son utilité dans l’intrigue et la façon dont elle débloque le scénario, c’est non seulement risible mais ça porte également un gros coup à la crédibilité déjà faible d’un Lex Luthor qui a quand même l’air d’être bien con-con. Idem pour le Justice Gang. Guy Gardner est une grande gueule, Mr Terrific est un mec cool et Hawkgirl… eh bien avec 5 min à l’écran et trois lignes de dialogues, il n’y a pas grand-chose à en retenir. Au moins, Gunn a eu le bon goût de ne pas trop les mettre en avant, ce qui n’est pas le cas de Krypto. S’il est mignon au début, il devient vite assez insupportable et lui aussi ne servira qu’à faire avancer l’intrigue fainéante du film en servant de deus ex machina du pauvre.
Dans ce Superman, tout semble un peu faux, fabriqué en papier mâché. On nous dit que Clark et Lois sont en couple depuis plusieurs mois via un texte en début de film mais à l’écran rien ne nous le montre. Et si les deux acteurs ont une petite alchimie quand ils sont ensemble, leur romance semble quand même un poil forcée. Tout dans le film semble d’ailleurs forcé. La gentillesse de Superman, la méchanceté caricaturale de Luthor, la stupidité de Guy Gardner. Il ne se dégage de tout ça que peu d’identité. Le scénario reprend d’ailleurs des morceaux d’histoires de Superman déjà adaptés avant, comme l’intervention dans un conflit international qui clive l’opinion publique (rappelant fortement BvS) ou encore le twist du clonage vu et revu. Un manque d’imagination criant qui se ressent jusque dans la bande-son, bien fade, qui réutilise le thème culte de John Williams jusqu’à plus soif.

Nous sommes en présence d’un film avec un capital sympathie bien réel mais au sein duquel tout manque cruellement de substance et qui ne raconte pas grand-chose. Le scénario est médiocre et prévisible, les dialogues sonnent creux, les punchlines téléphonées s'enchaînent, l’humour tombe trop souvent à plat et James Gunn ne parvient à fournir aucune scène d’action vraiment mémorable. Même la fameuse baston avec Mr Terrific, que beaucoup ont survendue, n’est qu’une repompe d’une scène avec Yondu dans Les Gardiens de la Galaxie. Et on touche là à l’autre problème du film : il ne réinvente rien, il se contente de reprendre des idées à droite et à gauche sans jamais vraiment les développer. Comme déjà dit plus haut, Superman 2025 est un film TikTok. Un enchaînement de séquences où rien n’est développé, où rien n’est là pour faire réfléchir. Le spectateur est comme attaché dans un grand huit et condamné à voir des scènes défiler comme se succèdent des montagnes russes. Apparemment, le public voulait un Superman plus lumineux et léger : il l’a.
Comme pour le roi : Superman est mort, vive Superman. À en écouter certains, James Gunn aurait sauvé Superman et même le genre super-héroïque tout entier avec son film. Le temps jugera... mais une fois que les influenceurs bidons seront passés au prochain film fadasse d’Hollywood à encenser/enfoncer pour se faire bien voir et engranger des réactions, que restera-t-il du travail de Gunn ? Est-ce qu’on en parlera encore dans 10 ans comme c’est le cas pour Man of Steel ? J’en doute fortement car si le film de Snyder a divisé, il avait au moins le mérite de proposer du neuf, de tenter quelque chose, ce qui n’est pas le cas du Superman de Gunn qui ne s’apparente au final qu’à un assemblage foutraque de références empilées avec la finesse d’un éléphant sous coke dans un magasin de porcelaine. Un film sans idées, sans génie, qui se présente comme un hommage au passé et mise trop sur la nostalgie de ceux qui n’ont jamais réussi à se détacher de la version de Christopher Reeve ou/et qui détestent celle de Snyder. Seulement ici, nous sommes malheureusement bien plus proches d’un acte de nécrophilie obscène que d’un véritable hommage.
Post publié par Damzé le 02/07/2026 11:47


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